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Docteur Bidouille

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Être sociusmate ou pas ? La collection de relations sociales

Article posté dans Docteur Bidouille » Lifestyle le

Je me suis fait cette réflexion en pensant aux réseaux sociaux et à leurs « dérives »: comment appelle-t-on ces gens qui collectionnent les « amis facebook » sur le net, ou qui sont les « amis de tout le monde » dans la vraie vie ?

Je me disais qu’on pourrait les appeler ainsi: SOCIUSMATE. Un peu comme numismate, mais avec « socius » dedans parce que ça veut dire « compagnon, associé ».

Du coup, la collection de relations sociales, ba j’ai tenté d’en esquisser quelques éléments de définition. Si vous avez envie d’émettre des remarques, suggestions, apports plus théoriques et rigoureux, n’hésitez pas en commentaire !

Car oui, bon, ce que je fais là, c’est une réflexion personnelle, basée sur aucune littérature. Donc ayez pitié 😛

I. Pourquoi devenir sociusmate ?

Ba ouais, c’est la première interrogation: c’est quoi le but de collectionner les relations sociales ?
De mon point de vue, on peut distinguer deux penchants, suivant qu’il y ait ou non un objectif derrière.

A. Le sociusmate pathologique

Processus machinal

Dans ce cas de figure, le sociusmate suit un processus machinal: il collectionne les relations sociales comme on collectionnerait les timbres, les bouteilles ou les fins de rouleaux de papier toilette. Ce processus machinal se comprend quand on collectionne des objets, mais en l’occurrence il s’agit de collectionner des personnes. Du coup, la collection revêt une dimension plutôt pathologique: on oublie presque qu’il y a des personnes, et on ne cherche qu’à agrandir son carnet d’adresse sans faire de tri parmi les gens, sans opérer de sélection et sans poursuivre aucun but réel.

Absence d’objectif réel

L’absence d’objectif sensé caractérise donc aussi le sociusmate pathologique. Celui-ci ne répond à aucune cohérence saine, si ce n’est celle « d’empiler » des gens et de matérialiser cette collection à travers différents supports comme un carnet d’adresse – où l’on aime écrire des listes de nom par exemple – ou une page Facebook – où l’on aime avoir une belle ribambelle « d’amis », en grand nombre et avec leurs petites têtes affichées en mosaïque.

Logique statique

Au final, on a une logique statique: on se contente de collectionner les gens, et on n’en fait rien d’intéressant, puisqu’on les traite comme des objets. Et au final, plus on agrandit sa collection, et moins les gens nous connaissent, en moyenne. Parfois on en arrive même au point où on collectionne des personnes qui ne nous connaissent même pas. De cette logique statique découle ainsi un tissu social statique, qui ne « vit » pas et ne se développe pas: on créé des liaisons, mais sans interaction.

B. Le sociusmate logique

Processus maîtrisé

Contrairement au sociusmate pathologique, le sociusmate logique cherche à maîtriser le processus de collection. Certes, il « collectionne » les relations sociales, mais il opère au moins une sélection et un filtrage: il faut qu’il ait de bonnes raisons d’ajouter quelqu’un à son carnet d’adresses, et s’il ajoute n’importe qui, ce n’est pas de manière machinale, mais de manière réfléchie.

Présence d’un objectif réel

Car en effet, le sociusmate logique répond à un objectif sous-jacent à sa démarche. Quelques exemples: il peut segmenter sa collection afin de se créer une collection de proches par ci, une collection de collègues par là, de sorte qu’il ne fasse pas interférer sa vie professionnelle et sa vie privée; il peut moduler le rythme du processus de collection, pour prendre le temps de nouer des liens avec chaque nouvelle relation sociale; il peut concentrer ses efforts de collection sur des relations dans tel ou tel domaine, afin de s’ouvrir des portes; … etc. De nombreux objectifs peuvent exister, et c’est en fonction de ceux-ci qu’il convient de faire seoir le processus de collection.

Logique dynamique

Ainsi, ce type de sociusmate répond à une logique dynamique. Il y a un sens à chaque nouvelle relation sociale, et le but poursuivi est de créer un vrai tissu social en mouvement, c’est-à-dire de créer des liaisons en aspirant à de l’interaction provenant de celles-ci. Et grâce à cette interaction, nos relations sociales nous connaissent, et on peut donc se construire un réseau qui soit un vrai outil, et pas une collection statique sans intérêt.

II. Avantages et inconvénients d’être sociusmate

Voilà donc la grande distinction à faire chez les sociusmates. Le sociusmate pathologique n’ayant au final que peu d’intérêt, nous n’allons maintenant plus parler que du sociusmate logique, dont la situation comporte des avantages et des inconvénients. On va se cantonner ici à deux grandes forces: le développement d’un réseau social d’une part, et la porosité croissante de celui-ci d’autre part.

A. Avantage: développement d’un réseau social

Être un sociusmate logique permet de se créer un réseau social au sens propre du terme, c’est-à-dire où il existe des interactions entre les personnes du réseau, incluant soi-même.
Ainsi on peut distinguer deux grands effets possibles au développement d’un tel réseau:

L’effet boule de neige ou « snowball effect »

JE choisis de connaître quelqu’un, qui me connait donc, et qui connait ensuite quelqu’un d’autre pouvant donc à son tour me connaître, … etc. Du coup, si je lance une information, celle-ci va circuler dans mon réseau, jusqu’à en sortir et se diffuser au delà encore.
On parle d’effet boule de neige car JE suis le lanceur de l’information sur moi-même. Par exemple, Jean fait savoir au monde qu’il est comptable. Louis l’apprend, et en parle à Paul, qui ne connait pas Jean. Paul sait alors que Louis connait un comptable.

A lire de gauche à droite:

L’effet toile d’araignée ou « spiderweb effect »

QUELQU’UN connait quelqu’un, qui connait quelqu’un qui me connait. Le premier QUELQU’UN peut donc me connaitre. Cet effet est le corollaire de l’effet boule de neige.
En clair: une fois que j’ai lancé une information (j’ai lancé la « boule de neige », et celle-ci a grossi en étant portée aux oreilles de tel individu, puis de tel individu, etc)…
… cette information peut « revenir » vers moi (la boule de neige a permis de « tisser une toile » avec l’information, et au final je suis pris au piège de cette information)…
… on parle alors d’effet toile d’araignée car on se retrouve pris au piège dans la toile créée par cette information: et quelqu’un d’extérieur peut venir nous chercher, maintenant qu’on est coincé.
Par exemple, Paul a besoin d’un comptable et en parle à Louis. Louis connait un comptable du nom de Jean. Paul peut donc aller vers Jean, sans que Jean n’ait forcément voulu que Paul aille vers lui.

A lire de droite à gauche:

L’extension du réseau social est donc un avantage en soi, et permet de nombreuses opportunités… a priori.

B. Inconvénient: porosité croissante du réseau social

Le problème de l’extension croissante du réseau social, c’est que cela détend forcément le tissu social. Qu’on le veuille ou non, plus on est sociusmate, plus le réseau se parsème de « trous » et devient poreux: prenez un collant, et étirez-le, c’est le même principe.

Diminution du lien social moyen

Du coup, cette présence de « trous » dans le tissu a plusieurs conséquences: la première, c’est la diminution du lien social moyen. Logiquement, plus on étend le réseau, plus on collectionne de relations sociales, et plus il devient inhumain d’entretenir de véritables interactions avec ces relations sociales. Ainsi, notre lien social moyen diminue, car il y a de plus en plus de personnes avec lesquelles on a de moins en moins de lien.

Augmentation du risque moyen

On en vient une deuxième conséquence de l’extension du réseau: à cause de la perte du lien social moyen, le risque moyen augmente. C’est à dire qu’en moyenne, une relation sociale comporte de plus en plus de risques.
On peut alors distinguer deux grands risques:
– le risque de rompre une relation sociale, faute de l’avoir entretenue ou faute d’avoir même créé un quelconque lien social
– le risque de biaiser l’information: plus le réseau est grand, plus l’information a de risque d’être mal relayée
Au final, l’effet snowball et l’effet spiderweb viennent ici jouer un rôle amplificateur.
par exemple, on peut réussir à maintenir un bon lien social avec un effet snowball et un effet spiderweb maîtrisés;
au contraire, si on ne les maîtrise pas, on peut amplifier une information biaisée; c’est là le mécanisme de la rumeur par exemple, qui consiste souvent en une info tellement relayée qu’elle a fini par être déformée.
Ne pas maîtriser l’effet snowball et l’effet spiderweb peut donc s’avérer dangereux: car cela revient en fait à ne maîtriser ni notre communication vers l’extérieur, ni la façon dont les gens parlent de nous.

III. La nécessité de maîtriser le processus sociusmate

Si on revient au départ: être sociusmate, c’est mettre en oeuvre un processus de collection des relations sociales. Mais comme les personnes ne sont pas des objets, il est nécessaire de réfléchir à comment maîtriser ce processus: on parle alors de sociusmate logique, a contrario du sociusmate pathologique qui lui collectionne bêtement et ne cherche pas à maîtriser quoi que ce soit.
Le sociusmate logique cherche donc à maîtriser le processus: et pour ce faire, il peut réfléchir sous différents angles. Nous allons en envisager deux ici, qui répondent aux risques que l’on a évoqués plus tôt.

A. Quantifier les liens avec les personnes

Une première possibilité peut être de donner une place à nos relations sociales, voire d’en établir une typologie. Par exemple, on peut définir quatre types de relations sociales, et chaque type peut basculer dans un autre type, avec plus ou moins de difficultés. On peut donc retenir:
le cercle proche primaire, qui correspond aux amis proches, à la famille proche, en bref aux gens les plus susceptibles de nous connaître de près, et qui peuvent donc détenir des informations sensibles. Ces gens sont aussi sensés être ceux qui nous donnent le plus de « nourriture sociale affective », ceux avec qui on a le plus de lien et d’affection.
le cercle proche secondaire, qui correspond à des amis moins proches, des proches moins proches, de la famille plus éloignée, voire à ce qu’on peut appeler des « potes »; bref, des gens avec qui on peut passer du temps, mais qui ne sont pas forcément ceux qui nous connaissent le mieux.
les connaissances, qui correspondent à des personnes qu’on ne connait que « superficiellement », par exemple par rapport à leur statut: mon médecin, la boulangère de ma rue, mon chef au travail, … ces personnes sont certainement les plus susceptibles de basculer dans un autre type de relations sociales.
les inconnus, qui sont des personnes qu’on ne connait pas, par définition. Si je suis Johnny Hallyday, les inconnus peuvent par exemple être la famille Pruneau, à Rouen, fan de moi depuis 28 ans, mais que je n’ai jamais rencontré. Ou encore, les inconnus peuvent être des gens qui ne nous connaissent pas et qu’on ne connait pas, bref, des inconnus quoi.
Il est possible de faire basculer un inconnu dans nos connaissances, voire notre cercle proche. Si j’aborde un inconnu dans la rue et que je tape l’amitié, l’inconnu devient connu par exemple.
Mais aller dans l’autre sens est impossible, car une fois qu’on connait quelqu’un, il est quasi impossible de le « déconnaître »,…. sauf dans certaines circonstances qui peuvent amener à « s’oublier » mutuellement.

Cette typologie dépend bien entendu de la façon dont chacun conçoit les relations sociales, et elle peut être plus ou moins détaillée selon la manière dont on réfléchit à la maîtrise du processus de collection. Ici, on a 4 types, alors que d’autres peuvent définir 5, 12 ou 32 types, qui sait ? Rien n’est figé.

B. Maîtriser l’effet snowball et l’effet spiderweb

Une fois que l’on a bien défini la typologie de nos relations sociales, il devient plus aisé d’apprendre à maîtriser l’effet snowball et l’effet spiderweb.

L’effet snowball revient en quelque sorte à notre communication vers l’extérieur: si on sait à qui on s’adresse, il est plus aisé de communiquer, mais aussi de savoir d’où peuvent provenir d’éventuelles opportunités ou menaces ! On peut du coup segmenter notre vision des choses en fonction des types de relations sociales: par exemple je communique comme ceci avec mon cercle proche, je communique comme cela avec mes connaissances, … bref, ceci est un exemple de tentative de maîtrise de l’effet snowball.

L’effet spiderweb quant à lui revient en quelque sorte à la façon dont les personnes parlent de nous; cela dépend donc évidemment de la façon dont on gère l’effet snowball. Si on a bien ficelé la gestion de l’effet snowball, alors l’effet spiderweb a plus de chance d’être positif, car on ne laisse pas de place à des informations biaisées ou à la rumeur par exemple.

En bref, cette gestion snowball-spiderweb est très riche et ouvre de nombreuses possibilités. Là encore, chacun peut voir comment il s’y prend.

Conclusion

Ba voilà en fait. Par cet article je voulais partager avec vous cette réflexion que je me suis faite. Après, faut le prendre comme une pensée personnelle ! Mais si vous voulez vous aussi réfléchir à ce genre de sujets, vous êtes les bienvenus dans les commentaires 🙂

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