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Le Blog Studio

Vis ma vie d'artiste indépendant : work in progress, live from the studio, publications, questionnements

Mercredi 2 Novembre 2005

Article posté dans Le Blog Studio » Banalités le
alexis le mercredi 2 novembre

Ce jour-là n’était pas un jour comme les autres. Rentré de Paris le matin en prenant le RER A jusqu’à la gare de La Varenne-Chennevières, je me baladais sur les Bords de Marne quand soudain je prenais la décision de changer ma vie.

J’étais assis paisiblement sur un ponton; contemplant l’eau qui fricotait avec le bois de mon trône, je m’interrogeais sur mon existence et bientôt je m’attardai à ma structure capillaire.

Les cheveux. Que sont les cheveux, si ce n’est une énième image, un énième de ces reflets qui font des flapotis sur notre Moi véritable et font miroiter au monde un Soi à jamais inaccessible ? Une démarche de recherche sans relâche d’un idéal qui jamais ne sera avéré car toujours l’on change et l’on ne se voit comme l’on nous voit. Les cheveux ne sont en fait que banalité caractéristique de tout être en quête de lui-même, sans qu’il ne le sache souvent.

Geste en apparence guidé par la collectivité et l’image que l’on lui renvoie, par la nécessité de s’aérer la caboche car « tout le monde fait ainsi », le déblaiement du crâne n’en reste pas moins un geste fort inconsciemment parlant puisqu’il est une extériorisation d’un besoin de changement. Enfin parfois. Surtout dans mon cas, car je suis bien l’être vivant le plus important.

Ainsi assis ici bas sous ce ciel sillonné de nuages, sur cette eau ornementée de vagues, je décidai de me couper les cheveux. 16 centimètres. Des noeuds et des rouflaquettes indiscrètes, planqués ou s’agitant nonchalamment de part et d’autres de ma tête. Voila ce qu’était concrètement ma coupe de cheveux. Mais sur un plan plus sentimental, c’était un trait caractéristique de ma personne, fruit de ce que je suis et ai partiellement été depuis des mois et qui m’a guidé vers le let-growing de ma capillarité. Mais cette facette se devait d’être prise d’un coup de fouet.

11h08. Je me levai alors, non pas pour cause de mal fessier puisque j’ai les fesses rebondies et confortables, mais parce que je m’étais lancé un « Allez Alex, tu vas aller chez le coiffeur que tu n’a pas vu depuis 8 ans et tu vas te donner un coup de vent ».

Le soir venu, tantôt les heures passées à réfléchir à nouveau, tantôt le temps passé dans les rues à vagabonder à la recherche vaine d’un coiffeur qui au moins sur les trois qui me sont voisins puisse me cisailler sans rendez-vous, je me décidai à me charcuter avec les ciseaux de cuisine de ma maman. 16 centimètres en charpie, ça ne se verrait pas. Et puis, je l’avais déjà fait une fois, me dis-je. Mais bientôt ma mère rentrait de courses et me ramenait à la raison. Elle m’emmena au centre commercial Pince-vent, plus précisément dans la galerie marchande de Carrefour où se trouve le salon des merveilles, qui dans quelques heures deviendra à mes yeux la demeure du diable.

Je marche. Interrogeant ma mère qui connaît ce salon de coiffure de par mon frère qui s’y rend sans rendez-vous régulièrement, j’ai alors une quasi-certitude, une envie de confirmation de ma logique basée sur un fait avéré qui se traduit par un « C’est là ? » dont la réponse est simplement: « Oui. C’est là. »

C’est là… léchant la vitre pour mieux y voir les tarifs, je me décide et entre. Tout de suite pris sous l’aile d’une trentenaire blonde fashion, je me fait asseoir au shampouinage et au bout de cinq minutes d’une attente raccourcie grâce à mon charme qui pousse une autre des coiffeuses, la vingtaine et une jolie voix, à me faire passer plus tôt parmi les attentistes en présence, deux mains délicates me moussent le crâne et me massent le cuir chevelu. Une sensation que je n’avais plus goûté depuis mes 12 ans, 12 ans théâtre de mon innocence et de ma non-réactivité vis-à-vis de cette sensation de bien-être envahissante et apaisante qui aujourd’hui me touche de plein fouet, moi stressé tendu permanent; merci à toi, ô shampouineuse, je reviendrais me faire shampouiner par tes mains douces ô grand jamais violemment baladeuses; tout simplement délicates.

Passé ce moment exquis, acquis le sentiment d’être dans un endroit joli, je me fais asseoir devant le miroir. Une troisième demoiselle aborde alors ma tignasse et rit gentiment avec moi de sa longueur inexacte. Je lui dis que j’aurais attendu huit longues années avant de remettre ma touffe à des professionnels et qu’entre temps elle a été victime de tondeuse et charcutage. Je lui dis que je la veux plus courte, mais pas trop. Pendant 10 minutes elle me les coupe à la perfection. Pendant 10 minutes je vois dans le miroir mon expression. Ma vision qui ne s’horrifie pas mais s’attriste de voir la longueur de ma capillarité divisée par 4. 4 centimètres. « T’inquiètes pas ça repousse ! » dans un sourire, me dit la jolie dame. « C’est mieux comme ça » assène-t-elle finalement d’une voix amusée.

Je souris tristement. Je la paie. Je m’en vais. Je rentre chez moi. J’ouvre la porte. Je passe dans le petit couloir où se trouve le miroir où je me plaisais à recoiffer mes feu cheveux de 16 centimètres. Je me regarde. Je me regarde encore. Je ne m’y fais pas. Je suis triste mais rien n’y fait; mes cheveux ne sont plus là. Demain sera un autre jour. Un autre jour sans ma tignasse, hélas !

1 commentaire
  1. marrant dit :

    sympa comme confidence c tres poussé pour raconter un souvenir qui est on ne peux plus banal.
    et maintenant sa fait au moins un commantaire.

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