logo de twitter logo de soundcloud logo de vine logo de youtube logo de flickr logo de instagram logo de facebook
logo de la rubrique Le Blog Studio

Le Blog Studio

Vis ma vie d'artiste indépendant : work in progress, live from the studio, publications, questionnements

Jeudi 3 Novembre 2005

Article posté dans Le Blog Studio » Banalités le
alexis le jeudi 3 novembre

Sept heures dix. Une lueur opaque a envahi la pièce dans une tiédeur douceresse. Un trait fin et lumineux fait tâche dans la pénombre fuyante. Le son braillard du réveil ne m’a encore une fois pas extirpé de mes songes nocturnes et comme à l’accoutumée le son braillard du réveil aura simplement engrangé le processus minutieux du réveil à retardement, ainsi en voie de finition à l’orée de la onzième minute de cette septième heure de cette énième journée de rentrée. Mais une pâte en décide alors autrement. Une pâte molle me cloisonne et me cloue dans ma couette. Une pâte me recouvre, c’est elle qui referme doucement mes paupières et entrave tout mouvement de tout membre de tout mon corps.

Huit heures sept. La pâte se brise. Je sens le semi-sommeil cesser et soudainement c’est son annihilation. L’heure est grave. Gravée dans le marbre de ma mémoire surgit cette neuvième heure, celle d’un cours de mathématiques marqué par l’habitude, ma lassitude, celle qui me pousse à laisser mon fraternel pressé occuper la salle de bain trente minutes durant; huit heures quarante venues, il a achevé sa toilette, il est trop tard pour se préparer au départ en partance du dernier rempart environ de l’éducation nationale, institution à l’organisation ô combien dénuée de toute parcimonie et aux goûts architecturaux ignobles et si bien représentés par mon établissement scolaire que je finirais par rejoindre pour dix heures au lieu de neuf heures. Une heure loupée sur deux de mathématiques.

Trop tard pour prendre le bus. Le voyage à pied. Quinze minutes dans la ville. Quinze minutes sur le chemin d’une ferme abandonnée entourée de mauvaises herbes devenues buissons au fil du temps. Je pense. J’avance. J’arrive. Bientôt.

C’était la pause d’entre deux heures allongée par une récréation dont je n’ai pas profité, venu me poster dans le couloir où j’avais alors rencontré quelques camarades. « Hwann !!!! » et des gros yeux m’a lancé une Aurélie à la vue de mes 12 centimètres perdus. « Waow Francis ! » m’a dit un Adrien. « Ahh ba le voilà ! » lance mon professeur en arrivant pour ouvrir la porte. C’est la reprise du cours. Ainsi en retard, je me poste au premier rang et petit à petit tout le monde se surprend à la non-vue de ma tignasse habituelle. « Je vous ai pas mis absent sur la feuille d’appel hein, comme ça vous n’aurez pas de soucis au niveau des absences » me dit l’homme à la blouse blanche avec compréhension et souplesse.

Je suis les cours tandis que la matinée suit son cours. La vie de même suit son cours. Avec mes cheveux courts.

Treize heures. Fin de la journée. Je me sens faiblard sans touffe quand je regarde les gens à l’arrêt de bus.

Je n’ai jamais aimé les cheveux courts.

Le bus s’arrête. Longeant l’arête de l’encadrure de la porte de ce bus long et moche, je descends et reste sur le trottoir le temps de traverser derrière le 8 roues de la RATP. On est jamais trop prudent. Je me sens faiblard sans touffe quand je regarde avant de traverser. Pourquoi ? Je marche. J’avance. La Comtesse de Trévise. J’entre. Elle est là, la boulangère qui me donne le sourire, la boulangère à qui je donne le sourire. Me demandant quelles pâtisseries sont objets de mes désirs, habitué au pain au chocolat et déboussolé par ma non-touffe je commence à en demander un puis me rectifie dans la foulée en pointant un flan nature et un pépito.

Et c’est l’instant. Le moment. Elle s’écarte du comptoir en direction des gourmandises qu’elle a coutume de m’emballer dans la joie. Aujourd’hui ses yeux sont différents. Ils sont déçus. Elle ne m’aime plus. Avec mes cheveux courts. Je lui dépose délicatement deux pièces de un et deux euros dans sa main douce qu’elle a coutume de surplomber de sa voix guillerette. Aujourd’hui sa voix est différente. Elle est déçue. Aujourd’hui elle ne m’as pas souri comme d’habitude. Elle sert d’emblée le client suivant. Je sors.

Je suis triste.

Je rentre chez moi, à deux pas. Je suis triste. La vie n’est plus la même sans mes cheveux. Le froid atteint mon crâne plus vite. J’ai moins chaud, sans mes cheveux. Mes yeux s’humidifient car prennent le vent froid habituel dans cette artère principale fraîche du Plessis-Trévise qu’est l’avenue Ardouin sans les feuilles de ses arbres mourants, pleurant leur chlorophylle comme je pleure dans mon coeur fragilisé, dans mon Moi ébranlé depuis qu’ils ne sont plus là.

Un deuil, peut-être ? Peut-être jamais.

Laisser un commentaire